Catherine Gervais, directrice générale de Carrefour Québec international, rencontre Rémi Tremblay, président de Café William Spartivento. Café William est une entreprise axée sur la production de cafés biologiques et équitables, parmi les plus importants importateurs de café « Fairtrade » au Canada. Elle a été fondée à Sherbrooke au milieu des années 2000 où elle construira bientôt une usine certifiée LEED. L’entreprise concluait en 2021 un contrat de distribution avec Costco partout au pays, après des efforts sur plusieurs années. Elle vend également chez de grands détaillants américains sous marque privée. L’entreprise en croissance emploie présentement près de 200 personnes.
Dans cet épisode, vous entendrez :
- L’histoire de l’entreprise de ses débuts en services alimentaires, du lancement de la marque William, des dégustations au Costco et, maintenant, à la présence de leur café biologique équitable dans les allées
- Le rajeunissement de la marque William en 2017, leur système de pastilles et les opportunités qui ont découlé de leur nouvelle image.
- Les consommateurs et les produits bios, les consommateurs et l’achat local
- L’innovation en transport vert : le cargo-voilier dont la mise à l’eau est prévue en 2023
- La construction prochaine d’une usine certifiée LEED • L’innovation en méthodes de torréfaction
- Les défis de la gestion de la croissance, ayant doublé son chiffre d’affaires depuis 2017 : intégration de nouveaux employés, renouvellement d’équipe, ajout des compétences, …
- L’avenir de Café William en ce qui concerne le développement ailleurs au Canada et sur d’autres marchés
- De bons conseils pour les entreprises (et les consommateurs) qui souhaitent mettre de l’avant le développement durable, la coopération et le commerce équitable
- L’importance de savoir s’adapter à toutes les situations
Découvrez davantage l’entreprise Café William
Merci de partager avec vos amis entrepreneurs, vendeurs et professionnels généralement intéressés par les affaires à l’étranger. Carrefour Québec international (CQI) et ses experts accompagnent les entreprises du Centre-du-Québec, de l’Estrie et de la Mauricie dans leurs projets d’expansion hors Québec et à l’international.
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Les Exportants, Épisode 30
Innovation verte : les défis d’un positionnement de marque écoresponsable
Balado Les Exportants | Carrefour Québec International
Intro (1 :37 à 2 :28)
Bonjour et bienvenue au balado les Exportants, une initiative de Carrefour Québec International.
Aujourd’hui, j’ai la chance de discuter avec Rémi Tremblay, président de Café Wiliam. Une entreprise super intéressante à Sherbrooke et qui vend son café maintenant dans plus de 1000 points de vente au Québec, entre autres chez Costco. L’entreprise fait énormément d’innovations vertes, nous allons en parler. Ils ont entre autres un projet de voilier vert, qui va transporter leur café des pays chauds à chez nous, pour ensuite le transformer à Sherbrooke. Donc, nous allons aussi parler des défis de la commercialisation et plusieurs autres points.
Avant tout, j’aimerais remercier Desjardins pour leur confiance. Ils sont partenaires de nos balado.
Je vous souhaite une bonne écoute.
Catherine Gervais : Alors aujourd’hui, j’ai la chance de rencontrer Rémi Tremblay : de l’entreprise Café William. Comment ça va Rémi ?
Rémi Tremblay : Ça va très bien, Catherine, merci beaucoup. Toi aussi ?
Catherine Gervais : Oui, ça va bien. Puis je suis très content de parler de café aujourd’hui avec toi. J’aimerais qu’on parle un peu de l’entreprise pour situer les auditeurs. Café William est situé à Sherbrooke. Combien d’employés travaillent pour l’entreprise ?
Rémi Tremblay : Dans nos différentes composantes, on est maintenant près de 200 à l’intérieur de l’entreprise Café William. Donc c’est une belle grande équipe qui travaille dans nos deux usines, une sur la rue Belvédère et l’autre sur la rue Roy.
Catherine Gervais : Et puis, est-ce que tu peux nous parler un peu de l’entreprise, de vos produits et aussi peut-être un peu de l’historique ?
Rémi Tremblay : Oui. Pour faire une longue, quand même assez longue histoire courte, l’entreprise est née en 1988, puis est née à travers l’industrie des services alimentaires. Donc notre usine sur la rue Roy, c’est ce qu’on fait. On fait du café pour beaucoup des services alimentaires. On a des clients dans la pause-café, des institutions et tout ça. Mais depuis 2003, quand on a lancé nos cafés William, on a décidé de développer beaucoup les ventes de café au détail. Et très rapidement, on a commencé, on a été un peu précurseurs. On parle beaucoup de développement durable de nos jours, mais à l’époque, on avait décidé de se différencier en lançant une gamme de café biologique et équitable. Alors ça a été la naissance de la marque William en 2003.
Donc on a commencé à travers un réseau d’épiciers dans la région de Montréal à travers un de nos partenaires de l’époque. Et puis après ça est arrivée l’aventure dans les Costco ou on a commencé à faire des dégustations que tout le monde apprécie, qui ont recommencé d’ailleurs dans cette période un peu post-pandémique, si on peut dire. Donc, on avait commencé à travers des dégustations. Puis après ça, les choses se passaient assez bien qu’on a réussi à convaincre les gens chez Costco de nous essayer comme produits réguliers dans l’allée. Donc c’est là où les cafés William ont pris leur envol dans les premières années. Donc, on est vraiment une entreprise qui a toujours travaillé avec des cafés biologiques et équitables, en majeure partie de ce qu’on fait. Donc on a toujours eu à cœur le développement durable, faire attention à l’environnement, on a fait tout de sortes de projets autour de ça. Puis là, l’entreprise, on est rendu à un niveau où on commence à penser un peu plus large dans l’impact qu’on a sur l’ensemble de nos opérations, de notre environnement.
Catherine Gervais : Aujourd’hui, on parle d’environ 1000 points de vente. C’est bien ça, au Québec ?
Rémi Tremblay : Exactement.
Catherine Gervais : Le démarchage des points de vente. Au départ, vous étiez plutôt dans la région de Montréal après ça, chez Costco, vous avez démarché les épiceries par la suite ? Comment ça s’est fait cette progression-là ? C’est fulgurant, 1000 points de vente et on disait, je pense que c’est en 2017, moins de 100, quelque chose comme ça.
Rémi Tremblay : Exact.
Catherine Gervais : En peu de temps, beaucoup de points de vente. Comment on arrive là ?
Rémi Tremblay : En 2017, on était dans un réseau d’épiciers indépendants à Montréal et les Costco essentiellement. Puis on a entrepris de, on a décidé de rajeunir la marque William. À l’époque, on a changé tous les emballages et tout. Puis on s’est dit qu’on voulait déployer notre marque dans les grandes chaînes. Ça tombait, on était en train de revoir notre marque et tout, quand les gens de Métro étaient en train de revoir complètement leur lineup de produits, leur allée déjeuner, qui inclut les cafés. Puis, quand ils voyaient les cafés qui étaient les plus vendus au Québec et bien, nos cafés sont ressortis. « Café William, vendus à travers beaucoup les Costcos ». Donc, c’est ressorti comme étant les cafés les plus vendus au Québec. Ils ont voulu nous parler, donc on les a convaincus d’embarquer avec nous dans l’aventure, d’introduire nos produits sur les tablettes. Puis ça super bien été. On a eu la chance de tomber sur quelqu’un qui a acheté un peu la marque, qui voulait une marque québécoise. Et on disait qu’on est un épicier québécois et puis j’ai dit j’ai travaillé chez Metro quand j’étais jeune.
On a réussi. On a commencé avec Metro, on a commencé avec treize produits. On est rendu à une vingtaine aujourd’hui. Puis naturellement, quand tu commences à être chez Metro, les autres grands joueurs se disent « pourquoi ? Pourquoi ils ne sont pas chez nous eux autres ? » Mais je dirais que ça ne se fait pas facilement. C’est beaucoup de patience et de persévérance pour entrer dans les grandes chaînes. Il ne faut vraiment pas avoir peur de se faire dire non. Il ne faut vraiment pas prendre ça personnel, il faut persévérer, puis continuer de cogner à la porte. On a fini par être un petit peu distribué partout au Québec. Donc Sobeys et IGA qui ont presque 300 points de vente, on est à 200 quelque maintenant avec Loblaws, avec les Maxis et Provigo aussi. Plus d’une centaine donc au total, on est autour de 1000 aujourd’hui.
Catherine Gervais : Ma question, on en a parlé, l’équipe a retravaillé l’image d’un café William autour de 2017, est-ce que ça a eu un impact sur les ventes à ton avis ?
Rémi Tremblay : Oui, on était dû à l’époque. L’image n’avait pas été rajeunie depuis un bon bout de temps. On avait un peu peur, je dirais, parce qu’on avait quand même deux produits réguliers entrepôt chez Costco qui était très vendu, donc les gens les aimaient. Aimaient à quelques par un peu l’image des cafés William, donc on a fait un peu en se disant qu’il fallait changer les choses, mais pas complètement. Il fallait que les gens nous reconnaissent, puis ça a été positif dès le départ. Donc on était tous bien contents. Le défi de changer des produits qui sont bien vendus déjà et de changer l’image significativement, ça a semé l’inquiétude, mais on a décidé quand même d’aller de l’avant pour revoir l’ensemble de notre offre, pour déployer justement dans les autres bannières.
Catherine Gervais : Dans la stratégie est ce que c’était de mettre en avant le côté biologique et équitable du produit ? Qu’est-ce que c’était cette stratégie en fait ?
Rémi Tremblay : On voulait que les gens comprennent bien. On a fait des pastilles de couleurs, un peu comme il y a à la SAQ, qui aident les gens. Car souvent les gens s’identifient à un café fort, un café faible, puis un café doux. Donc on a voulu rendre ça facile pour les consommateurs de choisir un café. Donc, on a les cafés, les rouges, ce sont nos espressos, les jaunes ce sont les cafés veloutés, les verts sont les moyennement corsés, donc on voulait donner un élément de référence. Donc si les gens aiment le café corsé, ils pouvaient se promener d’une origine à une autre, d’un mélange à un autre, puis essayer d’autres choses à l’intérieur d’une gamme qu’ils aiment.
En général, on a eu de bons commentaires depuis qu’on a introduit cette notion-là, qui est facile à comprendre pour les consommateurs.
Catherine Gervais : Les consommateurs sont sensibles à quoi quand ils achètent les cafés ? Est-ce que le fait que vous soyez québécois, à Sherbrooke, est ce que ça joue dans l’achat ? Le côté que ce soit biologique, moi, c’est quelque chose qui me touche, mais est ce que le consommateur en général est touché par cet aspect-là ?
Rémi Tremblay : Ce qu’on a entendu à travers le temps, c’est que les gens qui achètent bio, le café n’est pas un produit dont le choix est absolument nécessaire pour quelqu’un qui veut boire, qui veut consommer du biologique. Donc il y a une plus grande attention portée aux produits frais, fruits et légumes, que des produits qui sont cuits, que des pâtes ou des choses du genre. Donc est-ce que c’est déterminant ? Probablement pas pour l’ensemble des consommateurs, mais c’est sûr que ça influence un bon nombre de consommateurs.
Ce que les gens vont commencer à comprendre ou savoir davantage, il y a déjà probablement beaucoup de personnes qu’ils le savent déjà. C’est que ce n’est pas seulement l’absence de produits chimiques ou de fertilisants chimiques dans la culture et dans le produit, mais c’est aussi dans la culture, quand on parle de développement durable, quand on veut développer des terres, des sols, puis les maintenir de qualité, le fait d’être biologique, naturellement, ça a un bénéfice énorme. Mais ce n’est pas un élément 100 % déterminant dans le choix du café pour les gens.
Le fait qu’on soit à Sherbrooke, je pense que depuis quelques années, c’est davantage connu qu’on est de Sherbrooke. Puis on a des ventes records au Costco de Sherbrooke, les road shows, les épiceries dans la région. On est vraiment bien supportés par la communauté et puis c’est vraiment le fun de voir ça.
Je pense qu’au Québec, on l’a vu avec la pandémie, l’achat local, c’est sûr, puis on a fait de la publicité là-dessus pour dire on est du Québec, on est fait à Sherbrooke, fièrement fait à Sherbrooke. Parce qu’il y a des gens qui nous rattachent à Costco, qui n’ont pas toujours des produits naturellement locaux qu’on trouve chez Costco. Donc le prix, on s’est toujours positionné comme un café haut de gamme, café de qualité spécialité, mais vendu à un prix économique. C’est un peu un legs qui est venu avec justement le fait d’être un peu né à travers l’expansion à travers les Costco qui naturellement offre des produits grand format économique. Notre signature et vraiment d’avoir un produit de haute qualité, mais qui est économique pour les consommateurs. Je pense que dans la période actuelle de grande inflation, ça peut être apprécié.
Catherine Gervais : Vous avez développé plusieurs sortes de cafés. Est-ce qu’il y a un processus d’innovation dans l’entreprise ? Il me semble qu’il y a beaucoup choix. Quand moi je suis allée au Costco, il y avait plusieurs sacs, puis j’ai dû me faire conseiller pour choisir. J’avais quand même du choix. Comment on peut faire une variété de café comme ça ?
Rémi Tremblay : L’offre mondiale de café est énorme. Nous, on tient une cinquantaine d’origines de café de 35 pays environ. Donc il peut y avoir des origines uniques, des régions. À l’intérieur des pays producteurs, il y a des régions, puis naturellement il y a la qualité du café, le grade du café qui vont faire une différence sur le goût, son niveau de torréfaction. Donc on est toujours en train de jouer dans ça, d’essayer de retrouver de nouvelles origines, des nouveaux producteurs. On a nos produits réguliers, on a des mélanges classiques : l’italiano, l’espresso, la crema, corposo, Sumatra qui est une origine unique. Donc on a un mélange d’origine unique, bien sélectionné les producteurs avec qui on veut travailler. Puis on a aussi un mélange de produits qui nous servent à avoir une offre régulière tout au long de l’année. C’est un monde très large, très diversifié le café avec une offre, qui est la ceinture du café, tout au long de l’Équateur, il y en a partout sur la planète. Donc, c’est intéressant
Catherine Gervais : Vous semblez super innovant chez vous. Vous avez amené beaucoup de projets particuliers, comme, par exemple, le voilier ou le transport vert. Est-ce que tu peux nous en parler un peu ?
Rémi Tremblay : Oui, on a à cœur l’innovation depuis de nombreuses années. Ça a pris différentes formes chez Café William. On commence à avoir une vision un peu plus intégrée. On veut avoir un impact tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Donc naturellement le café part de l’origine, la meilleure façon ou le meilleur produit à acheter si on veut acheter du café de l’origine et d’avoir un impact là-bas, c’est d’acheter du café biologique. Ensuite, on se pose la question « comment on le transporte par ici le café ? » Les conteneurs, les porte-conteneurs, ça utilise du carburant, du bunker fuel, qui est l’un des carburants probablement les plus polluants. Sur la grosseur de ce qu’ils transportent, ce n’est pas énorme la pollution par livre de café, mais quand même, on s’est posé la question « comment on peut réduire ça ? » On a recherché des moyens de transport plus écologiques puis on est tombé sur ce projet de fou là au Costa Rica.
Catherine Gervais : Mais comment ça se met sur pied un projet de fou comme ça au Costa Rica ?
Rémi Tremblay : Ce sont des passionnés qui veulent changer le monde.
Catherine Gervais : Et c’est qui ça ? C’est toi, des gens dans l’entreprise ?
Rémi Tremblay : Non, le projet était déjà démarré. Le projet était démarré, puis il était à la recherche de financement.
Il y avait une gang de gens qui veulent changer le monde et qui avaient entrepris de bâtir un bateau pour faire du transport maritime. On a complètement allumé là-dessus. Mon associé Serge est à la recherche de ça et me dit « On investit dans un bateau », je lui ai dit « tu es fou un peu », puis il fait toujours des jokes là-dessus. Mais c’est un super beau projet. On leur a aussi donné de la crédibilité dans le sens où on leur a promis de remplir le bateau. Dans le fond, eux ils veulent en faire une entreprise commerciale de transport. On a dit on va vous garantir qu’on va remplir le bateau de café pour tous les voyages que vous êtes capables de faire vers le nord en partant de l’Amérique centrale. Donc ça l’a été ce qui a permis de concrétiser le projet. On parle d’une mise à l’eau quelque part en 2023. Donc on a bien hâte de voir ça arriver. Et il y a d’autres projets. Ils ont été à COP26, les gens de Ceiba. Daniel est allé présenter là-bas. Puis il y a eu beaucoup d’intérêt, donc il y a d’autres projets qui se développent du même acabit autour de ça. Donc ça pourrait peut-être devancer l’échéancier si on est chanceux. Donc, du café transporté écologiquement. Puis après ça, on travaille, on parle d’innovation, on va construire une nouvelle usine à Sherbrooke, dans le parc industriel. Une usine LEED. Donc, encore là, on veut avoir la meilleure empreinte écologique, environnementale possible. On est en train de choisir des équipements. On a choisi un équipementier européen. Puis là, on est en train de leur dire qu’on veut transformer la façon d’alimenter, de cuire le café finalement. Habituellement, le café commercial est torréfié avec du gaz naturel, donc c’est une source d’énergie polluante. On est en train de les convaincre de se servir d’une autre source d’énergie.
Catherine Gervais : C’est intéressant.
Rémi Tremblay : Oui. Ça, on travaille fort là-dessus. Puis, on a, dans le processus de sélection, suscité beaucoup d’intérêt de la part de ces grands équipementiers-là, qui sont pour la plupart européens.
Catherine Gervais : Vous êtes sensible chez vous à l’environnement, pourquoi ? Est-ce que c’est parce que Café William est une entreprise de café ? On a déjà parlé qu’il fallait que ce soit équitable le café, que les gens étaient souvent sous-payés. Est-ce que c’est ça qui fait que vous êtes plus sensible qu’une autre entreprise ?
Rémi Tremblay : Je ne sais pas si on l’est plus que d’autres. On a ça dans nos racines depuis toujours. Serge, mon associé, s’est promené en Toyota Prius pendant 10 ans. On riait de lui un moment donné parce qu’elle tombait en morceaux. Il a maintenant un tesla, c’est mieux. Mais non, on a toujours eu de l’intérêt et pourquoi pas ? On prend de l’envergure, on se rend compte qu’on génère de plus en plus de déchets liés à l’opération et on ne veut pas être des pollueurs. On veut avoir la moindre empreinte possible. Puis là, ont grandi un peu et on commence à avoir aussi une équipe. Les gens veulent ça. Quand tu arrives avec des projets comme ça, les gens embarquent là-dedans, puis ça se crée à l’interne avec l’équipe. Donc c’est une démarche qui s’autoalimente, je dirais.
Catherine Gervais : Est-ce que c’est une valeur qui est vraiment affichée chez vous ?
Rémi Tremblay : Oui, de plus en plus. Oui, on est en train d’en parler davantage de l’afficher un peu partout. Définitivement, ça va l’être plus vrai avec la nouvelle usine. Je dirais qu’on touchait à plusieurs morceaux de développement durable, disparate, sans avoir une direction. Mais je dirais que depuis un an, vraiment, on a précisé, ça s’est précisé dans notre esprit qu’il fallait intégrer l’ensemble de la chose. Ce n’est pas juste au niveau de l’environnement, je dirais, on veut avoir un impact durable auprès de nos employés, auprès de la communauté. On a commencé une démarche de certification B Corp. Dans le fond, on en affaire, on se dit pourquoi pas ne bien faire les choses, pour faire en sorte que nos employés soient heureux au travail, qu’on ait un impact dans la communauté, ici en Estrie et plus loin encore. Donc, on va essayer de faire ça à notre échelle, tranquillement pas vite.
Catherine Gervais : Qu’est-ce qui a été l’élément déclencheur de ce changement-là ? De vouloir vraiment structurer tout ça ?
Rémi Tremblay : En 2017, on est devenu un nouveau groupe d’actionnaires, suite à la retraite de deux des anciens associés. Puis on continuait un peu à faire ce que faisait l’entreprise, mais à un moment donné, on s’est assis les associés et moi et on s’est dit « Qu’est-ce qu’on veut faire dans la vie ? À quoi on rêve, à quoi on aspire ? Puis, on prenait un verre de vin avec mon partner Serge, puis il dit « Moi, j’aimerais ça, et c’est là qu’il avait parlé du bateau la première fois, j’aimerais ça avoir un tesla boat ! » Ça a commencé là. Puis on a commencé à aligner les choses, puis naturellement, quand on a commencé à parler de changer la planète, puis de contribuer aux changements de la planète à notre échelle, on s’est dit il faut aussi s’assurer qu’on a un bel impact auprès de nos gens, puis de notre environnement immédiat. Je pense qu’on essaie de travailler sur plusieurs fronts en même temps, mais avec l’équipe, on avance un peu partout. C’est le fun, c’est très stimulant.
Catherine Gervais : Comment ça se passe la croissance ? Parce que depuis trois ans, vous vivez quand même une bonne croissance. Vous êtes passé de moins de 100 points de vente à 1 000. Comment ça gère une croissance comme ça ? Il doit y avoir des défis ?
Rémi Tremblay : Ah oui, il y a des défis. Depuis 2017, on a plus ou moins doublé notre volume d’affaires globalement. Puis on en a une portion qui vient aussi, on a une business qui fait des marques privées pour de grands détaillants américains. Une croissance, c’est beaucoup de défis pour les gens, pour une organisation, parce qu’on se transforme très rapidement. Donc on teste un peu la capacité d’adaptation des gens. On engage beaucoup de nouvelles personnes, c’est beaucoup d’intégration. Ça a été toute une aventure les cinq dernières années. C’est vraiment stimulant. Je dirais qu’à travers ça, on a beaucoup recruté, l’équipe s’est beaucoup renouvelée. Je dirais qu’on est arrivée aujourd’hui à avoir vraiment l’équipe qui va nous permettre de continuer à grandir. On ajoute des compétences, on ajoute des expériences, donc il fallait qu’on grandisse comme organisation aussi dans nos compétences, à tous les niveaux, que ce soit au niveau des opérations, du marketing. On parle on est passé de 200 à 1000 points de vente, alors on s’est bâti une force de vente au Québec. Avant ça, on avait une petite équipe de représentants, donc ça a été vraiment d’autres choses. On a appris beaucoup à travers ce processus-là et là on va continuer à apprendre parce qu’on veut développer le reste du Canada. Et là ce n’est pas vrai qu’on va avoir une force de vente partout au Canada. Il faut faire ça autrement. On a commencé à parler à des courtiers, des distributeurs, donc c’est une autre phase d’apprentissage qui s’en vient pour l’entreprise, donc ça prend des gens qui aiment le changement, qui sont prêts à vivre le changement. Mais on a vraiment super équipe avec nous.
Catherine Gervais : Présentement vous êtes au Québec, est-ce qu’avec Costco, vous desservez aussi le reste du Canada ou c’est uniquement le Québec en ce moment ?
Rémi Tremblay : C’est l’est. Le Costco est séparé est-ouest, donc on touche à l’Ontario et aux Maritimes un peu. C’est beaucoup le Québec, mais on n’est pas dans l’Ouest canadien. On a fait une promotion nationale l’année passée, mais on n’est pas là de façon permanente.
Mais on va y travailler. On y travaille pour le futur et on veut aussi déployer dans le dans les grandes chaînes d’alimentation à l’extérieur du Québec, puis aux États‑Unis, éventuellement.
Catherine Gervais : Parfait. Et puis si on revient un petit peu à l’innovation verte. Pour ceux qui nous écoutent, qui auraient envie de faire des projets d’innovation verte, être peu plus équitable, à quoi est ce qu’ils peuvent s’attendre comme défi ? Est-ce que c’est rentable de faire un projet d’innovation verte, comme dire je vais être équitable, je veux être biologique ? Est-ce qu’il y a des coûts reliés à ça, puis est-ce qu’au bout du compte, c’est payant de le faire ?
Rémi Tremblay : On ne le fait pas pour ça. Fondamentalement, c’est ce qu’on veut faire dans la vie. Est-ce que c’est payant ? On ne fait pas plus. Ce n’est pas parce qu’on a des cafés biologiques et équitables, qu’on fait plus d’argent. Et il y a des gens qui vendent, des compétiteurs, qui vendent des produits similaires aux nôtres beaucoup plus cher, donc j’imagine qu’ils font plus de sous. Nous, on a une approche qu’on veut rendre accessible au plus grand nombre, en ayant un prix qui n’est pas tellement différent du café régulier. Ça a été notre approche depuis toujours. Mais je pense qu’il faut penser au développement futur de plus en plus. Nous, on a commencé ça, ça fait quand même plusieurs années ce chemin-là vers le développement durable. De nos jours, je le pense, c’est de plus en plus attendu par les consommateurs. Donc, si j’avais à lancer à nouveau une entreprise, j’ai l’impression que tu ne peux plus faire ça sans avoir cette conscience. Donc nous, on était déjà dans le bain de ça, quand même pas mal, donc ce n’est pas un passage difficile, mais si on veut innover ou si on veut faire des actes vers le développement durable, il faut penser que c’est la somme des petits gestes de plusieurs entreprises. Ce n’est pas parce qu’on est petit qu’on ne peut pas faire des projets qui vont être porteurs. Puis, il faut y aller à notre échelle, selon notre capacité. Parce que quand on a une plus petite entreprise, on a moins de ressources aussi pour gérer ce genre de projets là. Mais on y va à son rythme. L’important c’est de lancer des choses, des initiatives, et c’est la somme des efforts collectifs qui vont faire la différence en fin de compte. Nous, on est un petit joueur sur la planète café, mais on le fait pareil, mais on veut le faire. Pis on pense qu’on peut avoir une influence sur les grands joueurs, éventuellement avec ce qu’on travaille au niveau du transport maritime, puis aussi au niveau de la torréfaction du café avec les équipementiers. Donc on espère que ça avoir une influence sur les grands joueurs et que ça va amener un changement dans l’industrie. Et si jamais ça ne fonctionne pas, on va au moins avoir eu un impact local qui va être super intéressant.
Catherine Gervais : J’ai vu que vous redonnez aux producteurs de café un certain montant d’argent pour qu’ils puissent investir. Pas nécessairement investir, mais mieux vivre avec la production du café. C’est comme ça que ça fonctionne ?
Rémi Tremblay : Exactement Catherine à travers le programme Fairtrade. Des fois, ce n’est pas connu des gens, quel est le bénéfice pour les producteurs. Mais sachez que pour chaque café équitable que vous achetez, il y a des sommes qui vont directement dans les poches des producteurs. C’est la majorité des sous. Du prix du café, il y a un minimum de 0,20 $ US supplémentaires qui va, par livre, qui va dans les poches des coopératives. Puis pour avoir droit à ça. Donc, ce n’est pas des producteurs privés. C’est vraiment ceux qui font partie du mouvement Fairtrade. Ce sont des petits producteurs, qui se regroupent sous forme de coopérative et à travers se crée on a vu au Honduras, au Sumatra, il se crée presque des microsociétés à l’intérieur de ces coopératives-là où ils vont même construire des écoles pour les enfants des producteurs et même pour la région. Donc, ça contribue réellement à rehausser le niveau de vie dans ces pays, qui n’ont généralement pas des niveaux de vie très élevés. Donc oui, sachez qu’à chaque fois que vous achetez du café équitable, il y a vraiment des sous qui vont directement aux producteurs. C’est écrit dans chacun des contrats qu’on signe avec les producteurs et les coopératives.
Catherine Gervais : C’est vraiment un beau de voir ça. Les gens, ça fait une différence dans leur vie. J’imagine que dans ces pays-là, ça devait être des grosses entreprises qui achetaient le café, qui prenaient toutes les terres pour la culture du café et là il en restait plus pour les petits producteurs, donc c’est un peu une façon de faire vivre les gens de leur passion. C’est un peu ça aussi ? On a vraiment un impact quand on achète le Café William.
Rémi Tremblay : Ça, c’est un très bon point, car je pense qu’avant que ce type d’organisation là sous coop, sous Fairtrade soit créé, il y avait beaucoup de grands joueurs qui qui qui achetaient le café auprès des producteurs à très faible prix dans les pays d’origine. Ils y avaient des gens qui faisaient le tour des fermiers et qui achetaient leur café et les gens n’étaient pas au courant de la valeur sur le marché. Donc ç’a vraiment permis d’éduquer les gens, puis de les organiser parce que le mouvement Fairtrade les supporte beaucoup dans l’organisation des coopératives. Donc c’est un vrai impact sur le terrain.
Catherine Gervais : Mais pourquoi, par curiosité, est-ce que vous autres Café William, vous faites affaire avec les coopératives directement ou vous passez par une autre entité ?
Rémi Tremblay : Un mélange de ça. On achète beaucoup directement des coopératives. De plus en plus d’ailleurs, parce qu’avec le volume qu’on est rendu, on est capable de se permettre de prendre un peu plus de risque. Parce que des fois l’approvisionnement va être moins certain je dirais, que si on passe à travers, il y a beaucoup d’importateurs, qui sont basés souvent aux États-Unis, il y en a au Canada aussi, qui eux achètent le café, le stock et qu’on peut acheter directement d’eux. Mais je dirais qu’on a plus de 50 % qui est acheté directement chez les producteurs à des coopératives.
Catherine Gervais : Wow !
Rémi Tremblay : Et c’est tout un défi dans la période actuelle où la chaîne de logistique est un peu ébranlée. Puis on a pas mal hâte qu’elle commence à se stabiliser. C’est un petit peu plus complexe dans le monde actuellement, dans le transport maritime, comme on en entend parler. Les conteneurs de café, ça arrive par bateau. Donc c’est pour ça qu’on a hâte d’avoir notre voilier aussi. Avoir le contrôle sur notre destination.
Catherine Gervais : Les choses changent, je ne sais pas si ça va revenir rapidement comme c’était ou ça va changer. Mais il faut vraiment s’adapter. Qu’est-ce que tu en penses Rémi ? On dirait qu’il faut vraiment s’adapter maintenant, rapidement, aux nouvelles circonstances.
Rémi Tremblay : Mon Dieu, oui. Les deux dernières années, on a tous dû s’adapter énormément, personnellement et professionnellement. Je dirais, nous on avait une portion business de services alimentaires, on a perdu 80 % du volume en avril 2020. Donc oui, il faut s’adapter. Mais en même temps, après ça les ventes au détail prenaient de l’ampleur, alors on s’en est bien tiré. Alors qu’on pensait qu’on s’en sortait, là, c’est la chaîne d’approvisionnement. Le prix du café, il y a eu un gel au Brésil à l’été pour nous, dans notre business, c’est un petit peu le bordel depuis l’été 2021. L’approvisionnement est très compliqué. Les prix de cafés ont explosé. Il y a une très grande instabilité, donc on s’adapte tout le temps là-dedans, on roule un peu avec les coûts. Mais tout le monde est un peu le même bain, donc on essaie de tirer notre épingle du jeu à travers ça. Mais ce n’est pas un long fleuve tranquille par les temps qui courent.
Catherine Gervais : J’ai hâte de voir le voilier arriver. Ça va s’en vient bientôt. Ça va être une belle nouvelle qui va ressortir dans les médias, on va suivre ça de près.
Rémi Tremblay : Ben oui, c’est sûr que vous allez en entendre parler. On va en parler, puis ça va vous donner un grand scoop, ça se peut que ça aille plus vite que prévu cet arrivage par bateau là. Donc c’est pas mal excitant !
Catherine Gervais : Et qui sait peut-être qu’il y en aura plusieurs éventuellement.
Rémi Tremblay : Exactement.
Catherine Gervais : Je te souhaite une belle continuité. Puis on va suivre le café William de près. Merci beaucoup.
Rémi Tremblay : Merci beaucoup Catherine, au plaisir.