Entrevue avec Mathias Rodriguez, stratège en études de marché chez CQI – Potentiel d’affaires au Mexique
Le Mexique s’impose aujourd’hui comme un marché stratégique pour les entreprises québécoises qui souhaitent diversifier leurs marchés d’exportation, réduire leur dépendance aux États-Unis et mieux comprendre l’évolution des chaînes d’approvisionnement nord-américaines.
Avec son tissu industriel solide, sa main-d’œuvre qualifiée, ses accords commerciaux et son dynamisme manufacturier, le pays représente un laboratoire d’innovation industrielle particulièrement inspirant pour les PME.
En préparation de la mission technologique à Querétaro et Mexico, prévue en avril prochain, nous avons demandé à Mathias Rodriguez, stratège en études de marché, de nous présenter le potentiel du marché mexicain.
1. Pourquoi le Mexique est-il un marché clé à observer, même si une entreprise n’a pas de projet de commercialisation immédiat?
Le Mexique n’est pas seulement un marché d’exportation. C’est l’un de nos partenaires les plus importants et l’une des économies manufacturières dont la croissance est parmi les plus rapides au monde.
Avec l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) et le rapprochement des chaînes d’approvisionnement vers l’Amérique du Nord, le Mexique attire des investissements massifs. Des secteurs entiers s’y restructurent à grande vitesse.
Pour une entreprise québécoise, comprendre ces dynamiques tôt, c’est se positionner stratégiquement avant de laisser passer des occasions. Cette transformation ouvre d’ailleurs des perspectives intéressantes pour les fabricants québécois, qui bénéficient d’un accès privilégié à ce marché grâce à l’ACEUM.
2. Quels secteurs méritent l’attention des entrepreneurs québécois?
Le manufacturier technologique mexicain, en pleine montée en puissance. On observe une demande croissante pour des équipements de précision, des solutions d’automatisation, des logiciels manufacturiers et de services d’ingénierie spécialisés. Ce sont tous des secteurs où les entreprises québécoises se distinguent à l’échelle internationale.
Cette évolution crée des occasions concrètes pour nos fabricants et exportateurs de se positionner comme des partenaires stratégiques dans les chaînes d’approvisionnement nord-américaines en pleine transformation.
La croissance rapide de l’aérospatiale, de l’électronique et de l’agroalimentaire au Mexique ouvre également des débouchés concrets. Les entreprises québécoises peuvent ainsi y vendre leurs produits et leur expertise dans un marché industriel en forte expansion, avide de solutions à haute valeur ajoutée.
3. Pourquoi la ville de Querétaro a-t-elle été choisie pour cette mission technologique?
En tant que corridor reliant la ville de Mexico aux pôles industriels en pleine expansion des États du Nord, Querétaro est aujourd’hui l’une des régions industrielles les plus dynamiques du continent.
On y retrouve un écosystème industriel complet : grands manufacturiers, sous-traitants spécialisés, centres de formation technique et parcs industriels modernes. Des entreprises comme BRP y ont établi des opérations majeures, ce qui témoigne de la qualité des infrastructures et de la main-d’œuvre disponible.
Pour les entrepreneurs québécois, visiter Querétaro, c’est voir concrètement comment une région peut bâtir une chaîne de valeur compétitive à l’échelle mondiale et découvrir l’un des centres industriels les plus dynamiques du Mexique.
4. En quoi les visites industrielles permettent-elles de mieux comprendre un marché?
Les données de marché donnent un portrait. Mais une visite sur le terrain apporte une compréhension. Ce sont deux choses très différentes.
Sur place, on voit comment les entreprises organisent leur production, gèrent leur main-d’œuvre et intègrent les nouvelles technologies. On observe des pratiques qu’on n’aurait pas imaginées depuis le Québec. Parfois, c’est une ligne d’assemblage repensée. D’autres fois, c’est un modèle de partenariat avec les fournisseurs qui change tout.
Ces observations nourrissent directement la réflexion stratégique. Elles permettent de comparer, de questionner ses propres façons de faire et, souvent, de repartir avec des idées d’amélioration concrètes.
5. Quelle est la valeur ajoutée d’une mission technologique encadrée?
Aller seul explorer un marché étranger, c’est possible. Mais c’est long, coûteux et souvent limité. Une mission encadrée change radicalement l’expérience. Elle permet de partir avec d’autres entrepreneurs et d’apprendre non seulement des entreprises visitées, mais aussi des autres participants, qui apportent leurs propres expériences et perspectives.
L’accès est aussi unique : on visite des usines et des installations qui ne sont pas accessibles à tous. Enfin, le gain de temps est considérable. En quelques jours, on acquiert une compréhension du marché qui prendrait autrement des mois à développer.
«L'erreur la plus fréquente est d’arriver avec une approche nord-américaine très transactionnelle et axée sur l'efficacité.»
Mathias Rodriguez
6. Quelles différences culturelles ou commerciales faut-il comprendre avant d’entrer sur ce marché?
Au Mexique, la relation prime sur la transaction. C’est la différence la plus importante à saisir. On dit : « Primero la persona, después el negocio ». D’abord la personne, ensuite les affaires. Ce n’est pas seulement une formule, c’est ainsi que les relations se construisent là-bas.
Avant de parler d’affaires, il faut investir dans la relation. Les décisions prennent plus de temps. La confiance se construit lors d’interactions informelles, autour d’un repas ou d’une conversation sans ordre du jour. Aller trop vite sur les aspects contractuels peut refroidir un interlocuteur pourtant très intéressé.
L’erreur la plus fréquente est d’arriver avec une approche nord-américaine très transactionnelle et axée sur l’efficacité. Ce qui fonctionne ici ne fonctionne pas nécessairement là-bas. L’adaptabilité est donc une compétence clé.
7. Quel est ton meilleur conseil pour une entreprise qui souhaite développer ce marché?
Comprendre le marché avant d’agir. Chez CQI, nous affirmons toujours que la meilleure approche pour pénétrer un marché consiste à l’étudier attentivement et à comprendre son fonctionnement afin d’élaborer une stratégie d’entrée adaptée.
Le Mexique est un marché riche en occasions, mais il a ses codes, ses rythmes et ses particularités. Les entreprises qui y réussissent le mieux sont celles qui prennent le temps de comprendre avant de s’engager. Elles observent, nouent des relations et posent des questions sans chercher à vendre immédiatement.
Une mission comme celle-ci est justement conçue pour aider les entreprises à mieux comprendre le marché. Elle permet de revenir avec une vision stratégique plus claire, des apprentissages concrets et une meilleure capacité à saisir les occasions d’affaires.
Si vous avez des questions ou besoin d’information, n’hésitez pas à communiquer avec notre équipe.