Exportation

Les exportants – Épisode 18 – Transport de marchandise : la vie d’un camionneur longue distance

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Date de diffusion :

16 novembre 2021

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Catherine Gervais, directrice générale de Carrefour Québec international s’entretient avec Enriké Gilbert, camionneur à son compte.

Pour cet épisode du balado, Catherine Gervais, directrice générale est accompagnée d’Ariane Lessard, stratège en commercialisation internationale, toutes deux chez Carrefour Québec international. Elles s’entretiennent avec Enriké Gilbert, camionneur depuis 5 ans et à son compte depuis 3 ans qui fait régulièrement le transport de marchandises Canada- États-Unis, et vice versa.

M. Gilbert nous fait connaître son point de vue de camionneur, un aspect pas nécessairement connu des entreprises exportatrices québécoises :

  • l’envers du décor des douanes
  • les avantages et les inconvénients – et les risques – associés au métier
  • Plusieurs anecdotes dans une discussion très intéressante et enjouée.

Merci de partager avec vos amis camionneurs, entrepreneurs, responsables de la logistique de transport et autres professionnels en entreprise intéressés par le transport et les affaires à l’étranger.

Carrefour Québec international (CQI) et ses experts accompagnent les entreprises du Centre-du-Québec, de l’Estrie et de la Mauricie dans leurs projets d’expansion hors Québec et à l’international.

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Les exportants — Épisode 18

Le métier de camionneur, avec Enrique Gilbert

Catherine Gervais : Bonjour et bienvenue au balado Les exportants. Aujourd’hui, Ariane Lessard, ma collègue, avec qui je discute souvent des balados et qui m’a aidée dans les enregistrements précédents, sera avec moi pour poser des questions à Enrique, qui est camionneur. Nous avions discuté ensemble de l’intérêt de rencontrer quelqu’un qui est vraiment sur la route et qui livre les marchandises que nous aidons à exporter. Ariane, est-ce que tu peux nous décrire un peu notre conversation ?

Ariane Lessard : Oui. On a eu la chance de discuter avec Enrique Gilbert, camionneur depuis cinq ans, à son compte depuis trois ans, et qui fait régulièrement la route entre le Canada et les États-Unis. Il nous a démystifié l’envers du décor, tout ce qui touche le transport et qu’on ne voit pas nécessairement en tant qu’entrepreneur quand on fait affaire aux États-Unis. Il va nous parler des avantages, des inconvénients et des risques qui entourent le métier, le tout ponctué d’anecdotes. Vous allez voir : une discussion très intéressante, avec une personne enjouée et agréable à écouter.

Catherine Gervais : On vous souhaite une bonne écoute. Alors, aujourd’hui, j’ai la chance d’être avec Enrique Gilbert. Comment ça va, Enrique ?

Enrique Gilbert : Ça va très bien, merci.

Catherine Gervais : Enrique, tu conduis des camions depuis combien d’années ?

Enrique Gilbert : Ça va faire cinq ans : j’ai été deux ans conducteur, et ça fait trois ans que je suis à mon compte, avec mon propre camion et ma propre remorque. Je suis comme un indépendant, un sous-traitant, si on veut. On appelle ça un sous-traitant.

Catherine Gervais : Et tes clients, ce sont des entreprises qui exportent où ?

Enrique Gilbert : Être sous-traitant, ça prend des permis et, surtout, des assurances. C’est ce qui est le plus difficile aujourd’hui pour un gars qui commence : la première question à se poser, c’est de savoir s’il est capable d’être assuré, parce que les assureurs n’assurent plus grand monde. Ils assurent des compagnies existantes, des gars qui ont de l’expérience. Moi, je travaille directement pour une entreprise, toujours la même, de façon exclusive. C’est vraiment Canada–États-Unis. Je travaille beaucoup dans le bois, surtout le bois d’œuvre, le bois de moulin à scie. Je suis directement rattaché à un moulin à scie. C’est un peu une relation familiale : c’est la conjointe d’un propriétaire qui est dans l’entreprise pour qui je travaille. Cette entreprise exporte aux États-Unis : 80 % de son bois part aux États-Unis, et même plus selon les semaines. Tout ce qui s’en va aux États-Unis, c’est moi qui passe par là, si on veut.

Catherine Gervais : Quels sont les avantages d’être à ton compte ?

Enrique Gilbert : Le plus bel avantage, c’est de décider comment ça se passe. Je suis un gars qui n’est pas souvent rentré dans la normalité — ou peut-être que je me considère trop difficile —, mais j’ai toujours aimé gérer un peu comment les choses se déroulent. C’est ce que j’avais de la misère à accepter quand j’étais chauffeur.

Catherine Gervais : C’est un peu comme un pilote d’avion : un pilote doit faire le tour de son appareil. Toi, tu dois t’assurer que ton camion est en ordre avant de partir. Quand on dit que tu es responsable, c’est que si le camion n’est pas en ordre et que tu ne le vois pas, tu es responsable de ce qui se passe sur la route. C’est ça ?

Enrique Gilbert : C’est ça : il faut faire ton survol visuel. Tu as une inspection à faire selon des critères déjà établis, et ça, c’est chaque matin. Il peut arriver que tu ne voies pas quelque chose, que tu passes par-dessus un détail, mais tu vas finir par te le faire remarquer. C’est vraiment important de vérifier et de sur-vérifier. Moi, j’ai passé mon permis par le biais de la SAAQ. Je n’avais pas fait le cours au départ : j’ai fait un cours par après qui m’a donné mon diplôme. Mais c’est un autre volet. Par rapport à l’expérience que j’avais auparavant, j’ai grandi là-dedans : mon père en avait, et j’ai grandi sur le siège de droite avec lui — pour ne pas dire que je manquais l’école pour y aller. Tu vas passer ton examen, et ce sont eux qui décident de ce que tu es capable de faire et si ça leur convient pour te donner tes licences nécessaires à la conduite de camion lourd.

Catherine Gervais : On disait que, petit, tu allais avec ton père : c’est que tu aimais vraiment faire du camion?

Enrique Gilbert : Ah oui, c’est ma vie. Comme je te l’ai dit, le mercredi, quand mon père revenait des États-Unis, il venait me chercher pour dîner à l’école. Et ce n’était pas pour y retourner l’après-midi : c’était pour aller dire à mon enseignante que je ne reviendrais pas avant le lundi. C’était vraiment ça. J’ai vécu beaucoup de moments avec mon père ; c’est probablement ce qui m’a amené là-dedans. C’est souvent comme ça, de père en fils. En tout cas, pour moi, ç’a été le cas.

Catherine Gervais : C’est un amour de la route ?

Enrique Gilbert : C’est un amour de la route. Il ne faut vraiment pas être ennuyeux — je le suis un peu, mais à mes heures. Il faut aimer la route. Beaucoup de gens aiment la routine : chaque jour, c’est la même chose, et c’est correct pour eux. Mais moi, c’est ce que je n’aime pas, la routine. J’adore quand c’est différent ; c’est la diversité qu’il me faut. Il ne faut pas que ce soit pareil. Ce sont les défis chaque jour, les nouvelles choses à faire, quelque chose que tu n’as jamais fait et que tu vas faire. Mais ce qui m’attirait le plus, c’est le camion, et tout ce qui tourne autour. J’ai toujours adoré ça, la mécanique. J’ai été mécanicien presque deux ans avant de pouvoir passer mon permis, et je pense que ça m’aide beaucoup aujourd’hui.

Catherine Gervais : Ça doit être très pratique. C’est quoi, une journée typique ? Où est-ce que tu dors, Enrique ?

Enrique Gilbert : Dans mon camion. J’ai un camion avec un lit en arrière. Il y a différentes grosseurs : on appelle ça une couchette. Ça peut aller de 24 pouces à 86 pouces. C’est au choix du camionneur : il va acheter un camion en fonction de ce dont il a besoin ou de ce qui l’attire. C’est comme acheter une auto à cinq ou sept places, de telle ou telle couleur. C’est le même principe pour un camionneur : on choisit selon ses nécessités.

Catherine Gervais : Est-ce que tu as un coin cuisine ?

Enrique Gilbert : Non, pas moi. Mais ça existe. Je connais des gens qui ont des camions comme on en voit aux États-Unis, les gros « condos », avec des couchettes de 120 à 200 pouces. Il y a beaucoup de diversité, beaucoup de configurations possibles.

Catherine Gervais : Est-ce que tu vis des moments de danger quand tu dors dans des espaces de stationnement ? Parce qu’aux États-Unis, il me semble qu’il y a des endroits un peu plus épeurants que dormir dans une aréna au Québec.

Enrique Gilbert : Je ne te dirais pas que j’ai vraiment vécu une situation où je me suis senti en danger. Je pense que ça peut arriver. Je dors dans des villes des États-Unis réputées pour la dangerosité ou la criminalité en hausse, mais à moins de vraiment ne pas être chanceux, ça ne m’est jamais arrivé en trois ans. C’est sûr que je ne fais pas un domaine attirant pour un voleur : c’est dur à voler. Le bois est en demande, mais il faut être organisé pour partir avec une partie de mon chargement : c’est tout attaché avec des sangles, ce sont des paquets de bois empilés, des « bundles ». Comparé, par exemple, à mon père — ça lui est arrivé à Détroit —, la viande, les produits réfrigérés, la nourriture, c’est plus susceptible d’être volé ou de te faire attaquer. Les gens ont faim. Dans certains quartiers, tu vois des gens assis à côté d’une poubelle, sur une boîte de carton, qui fouillent. Je l’ai vu de mes yeux. Ce n’est pas juste dans les films ; c’est quelque chose d’assez normal de l’autre côté.

Catherine Gervais : Quand tu pars, c’est pour combien de temps ?

Enrique Gilbert : Ce n’est jamais pareil. Comme je le racontais à Ariane tantôt, la semaine passée, ça faisait 22 jours que j’étais parti quand je suis revenu — 23 jours au total.

Catherine Gervais : Il ne faut pas être ennuyeux.

Enrique Gilbert : Il ne faut pas être ennuyeux. Écoute, je suis seul dans la vie en ce moment ; j’ai eu des conjointes, mais il faut que tu sois préparé mentalement à ça. Quand tu pars, tu laisses ce que tu as derrière toi et tu t’en vas. Il faut que ce soit en paix. Si tu es avec quelqu’un, ce n’est pas la même chose. C’est comme un état d’esprit à prendre avec le temps ; ça se fait tout seul. Quelqu’un d’habitué va l’apprendre avec le temps et devenir de moins en moins stressé. Je me souviendrai toujours de mes premières semaines aux États-Unis : les mains humides, et le soir, tellement stressé d’avoir passé la journée ancré sur le volant, avec quatre, cinq, six voies de large et personne autour de toi.

Catherine Gervais : Parce que c’est quand même un défi : il faut être un bon conducteur. Moi, j’avoue que je ne serais pas capable, avec les distances. Est-ce qu’il y a des endroits où tout le monde se retrouve ? Si tu fais un trajet vers le coin de New York, est-ce que tu sais que tes amis vont être là ? Avez-vous des habitudes ?

Enrique Gilbert : Pas vraiment par rapport aux endroits, parce que même si on est plusieurs à faire le même transport pour une entreprise, ce ne sera pas dix qui vont au même endroit la même semaine. C’est très diversifié : chaque endroit va recevoir peut-être un, deux ou trois voyages. Mais oui, avec le temps, j’ai développé un cercle d’amis qui font le même métier. Souvent, par hasard, sans même qu’on s’en parle, on se croise quelque part, on arrête, et il y en a un qui est là, un autre ailleurs. C’est ce qui fait que c’est un métier très familial. On va en croiser un un soir, un autre le lendemain, et c’est toujours le même plaisir. Il se passe tellement de choses dans une journée qu’on a toujours un bon sujet à se raconter.

Catherine Gervais : Tu parlais tantôt qu’il arrive parfois des défis. Est-ce que tu peux me donner des exemples ?

Enrique Gilbert : Les plus gros défis, selon ce que tu fais dans une journée, c’est souvent le chargement, l’arrimage. C’est le plus important, surtout dans mon métier : je suis en remorque plateforme — les camionneurs appellent ça un « flatbed ». Tu transportes du bois, du fer, de la machinerie, des articles spéciaux ; tu peux transporter de la vitre, des fenêtres. Tu peux transporter à peu près n’importe quoi avec une remorque plateforme, selon la hauteur et le poids. Mais c’est toujours un défi. On fait aussi beaucoup de bâchage. Je ne sais pas si tu as déjà remarqué : une remorque plateforme, c’est tout bâché. Et c’est le conducteur qui fait ça. Ça peut prendre des heures selon ce que tu bâches. Chaque jour est un défi à ce niveau-là.

Catherine Gervais : Est-ce que tu fais ça seul ?

Enrique Gilbert : Oui, tout seul. C’est de l’ouvrage, mais c’est aussi un peu de fierté. Je n’ai pas peur de le dire : je suis minutieux, j’aime ça quand c’est bien fait. Je ne prends pas la route si ce n’est pas bien fait ; c’est un sentiment personnel. Mais, à un moment donné, il faut aussi regarder le temps. Surtout que les gars sont rendus sur le « logbook » électronique, le journal de bord électronique. C’est arrivé en 2022, et ça va rentrer aussi au Canada. Ça va remettre en question bien des façons de faire et bien des gens. Pour ma part, je n’ai pas vraiment envie d’embarquer là-dedans, mais il faudra s’y conformer un jour.

Catherine Gervais : C’est quoi, ça ?

Enrique Gilbert : Le journal de bord électronique, c’est un outil connecté directement à l’ordinateur de ton camion. Ça élimine les dépassements d’heures de conduite, ou les petits « bonbons » que les gars se permettaient — une heure de plus le soir. Avant, c’était beaucoup au jugement personnel : tu te sens bien, tu te dis que tu vas faire une heure de plus. Mais il y en a qui ont abusé. Dans le temps, certains passaient des journées et des nuits au volant. Si on recule de 20 ou 25 ans, c’était ça. Ce sont des choses qui ne sont pas remarquées du côté gouvernemental, mais le gars assis dans le camion, qui le vit chaque jour, chaque semaine, c’est lui qui en paye le prix à la fin de la journée.

Catherine Gervais : Ils mettent ça en place parce qu’il y a des personnes fatiguées et que ça cause des accidents ?

Enrique Gilbert : Selon eux, c’était un moyen de contrer ça. Le pourcentage d’implication des véhicules lourds, ou le taux de décès de conducteurs de véhicules lourds, a peut-être augmenté ; ce sont des choses qui jouent dans leur décision. Mais aux États-Unis, c’est entré en vigueur depuis 2018 et il n’y a pas d’amélioration ; tout ce que ça fait, c’est causer plus de problèmes. Un des enjeux, c’est que les camions ne peuvent pas toujours entrer dans les stationnements, faute d’accès. Personnellement, je vise beaucoup plus les relais routiers, les « truck stops », parce qu’il y a plus de ressources : les douches, et de quoi manger. Je suis un gars qui fait attention à ce qu’il mange — Ariane te le dirait, elle va rire, mais je ne suis pas le camionneur typique avec la « bedaine ». C’est important pour moi : j’apporte mes lunchs, je m’amène du stock. À un moment donné, tu ne peux pas toujours manger sur tes genoux, le plaisir n’est pas là.

Catherine Gervais : Est-ce que tu as déjà eu des problèmes aux douanes ? Comment ça se passe ?

Enrique Gilbert : Les douanes, si on écoute beaucoup la télé, ça a l’air terrible. Mais moi, comme camionneur qui traverse en commercial, ça ne m’a pas vraiment causé de problèmes. Je dirais plutôt des temps d’attente : c’est ça qui a été le pire. Beaucoup de postes de douane ont fermé des voies d’entrée. Au lieu de trois voies disponibles pour entrer aux États-Unis, il n’y en a parfois plus qu’une, alors tu attends. C’est vraiment l’attente, ou les questions qui ont changé. Mais sinon, les douanes ne m’ont jamais vraiment causé de problème.

Catherine Gervais : Ce n’est pas un stress dans ton voyage ?

Enrique Gilbert : Non, pas du tout.

Ariane Lessard : Tu travailles avec des entreprises qui ont l’habitude d’envoyer de la marchandise aux États-Unis. Mais nous, chez CQI, il arrive qu’on reçoive des appels d’entreprises qui commencent à exporter aux États-Unis et dont les papiers sont mal remplis, ce qui bloque les envois aux douanes. Est-ce que ça t’est déjà arrivé ? As-tu des vérifications à faire avant de partir, ou est-ce vraiment la responsabilité de l’entreprise, et toi tu le découvres une fois rendu à la frontière ?

Enrique Gilbert : Côté paperasse et douane, j’ai cette chance-là. Un indépendant comme moi, avec tous ses permis personnels, peut s’occuper du dédouanement de sa marchandise. Mais une des bonnes choses de travailler pour une entreprise comme la mienne, c’est qu’eux s’occupent de tout ça. Je reçois le papier à remettre au douanier par courriel, je l’imprime, et tout est expliqué : le poids du voyage, la destination, le lieu de chargement. Vraiment toutes les informations. C’est la feuille que je remets au douanier. Quand c’est fait dans les règles, par quelqu’un d’expérimenté, normalement tu n’as pas à attendre. Ça dépend du volume que tu peux dédouaner dans une journée et de la personne avec qui tu fais affaire — c’est très important. Pour moi, c’est très facile de ce côté-là. C’est un plus de travailler pour une grosse entreprise, parce que, étant petit, j’en ai déjà assez avec mon camion et ma remorque à garder légaux. La paperasse, j’aime mieux la déléguer : je trouve ça plus facile de la confier pour un petit pourcentage que de me casser la tête et de perdre du temps. Parce que chaque jour compte. Si je charge un voyage le lundi et qu’il est cédulé pour livraison le mercredi, je peux facilement perdre une journée à attendre. Le temps entre le chargement et la livraison est très important : c’est presque une course.

Catherine Gervais : C’est presque une course, parce qu’on fait ça très serré : on ne vous laisse pas trop de temps entre les deux.

Enrique Gilbert : Là encore, ça dépend. Un chauffeur, lui, va être davantage géré par la compagnie : ils vont vérifier le temps, parce qu’ils savent à peu près combien de temps ça prend. Un sous-traitant, selon qu’il est plus à son affaire ou plus relax, va prendre plus ou moins de temps. Et avec le journal de bord électronique qui entre en ligne de compte, tu n’as pas le choix d’arrêter régulièrement. On a des heures à respecter : aux États-Unis, tu es obligé d’arrêter 10 heures — c’est une nuit. Au Canada, c’est 8 heures. Ça, tu ne peux pas le changer ; ce sont des lois à respecter.

Catherine Gervais : Et le contrat, comment ça fonctionne ? C’est en fonction d’une livraison ou du temps que tu fais ? Parce que tu semblais dire qu’il y avait un avantage à en faire un peu plus.

Enrique Gilbert : C’est sûr qu’il y a un avantage à en faire un peu plus. Si tu travailles un peu plus qu’un autre, ou que tu as un rythme plus pressé, tu peux faire un voyage de plus à la fin de la semaine que quelqu’un de plus tranquille. Pour un chauffeur salarié, ça a son utilité, mais pour un gars comme moi, indépendant, où ce que le camion gagne me touche directement, c’est encore plus avantageux. Le temps, c’est de l’argent : plus tu en fais, plus tu en récoltes à la fin de la semaine. Tu as peut-être plus de dépenses aussi — si tu brises plus, tu n’es pas plus gagnant. Mais si tu travailles plus et qu’il t’en revient plus, ça a son utilité. Je vois ces chiffres rentrer, et je sais que si je prends ça mollo une semaine, je ne ferai pas la même paie que la semaine où j’ai couru du début à la fin.

Catherine Gervais : Quand tu pars du point A, tu vas au point B. Est-ce que tu recharges au point B pour aller au point C ? Parce que quand tu pars 23 jours, comment t’organises-tu ?

Enrique Gilbert : On va charger aux États-

Unis et revenir au Canada. Mais quand je suis parti 23 jours, ce n’est pas 23 jours au même endroit : je charge aux États-Unis, je reviens au Canada, je repars, je reviens, je repars… Même quand je reviens au Canada, je ne compte pas ça comme « revenir chez nous », parce que je ne suis pas rentré à la maison ; je n’ai pas mis fin à une semaine pour en recommencer une autre. Je considère ça comme « ne pas être revenu », étant donné tout ce temps passé sans remettre les pieds chez moi. Il y a tellement de choses à gérer : les heures d’ouverture, c’est vraiment le plus compliqué, et les rendez-vous. Moi, je livre à des cours à bois, des Home Depot, des Lowe’s aux États-Unis. Lowe’s, c’est une sorte de quincaillerie. Ça marche beaucoup sur rendez-vous. Et c’est très rare — ça m’est arrivé une ou deux fois — de décharger à un endroit et de recharger juste à côté. Si ça arrive, c’est de la chance. C’est vraiment très rare.

Enrique Gilbert : Absolument. Merci beaucoup à vous.

 

Note : Cette transcription a été reconstituée et améliorée à partir de la transcription automatique générée par YouTube. Certains passages ont été reformulés ou reconstitués pour en assurer la clarté et la cohérence, tout en demeurant fidèles au contenu original de l’épisode.